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P.S : pense à combler le manque

Dernière mise à jour : 18 févr. 2023




2014 : en introduction de mon mémoire de certification de professeure de yoga, je rédige le texte qui va suivre pour décrire mon point de départ quand je débute la formation en 2010. En 2018, je l'ai repris pour un autre travail sur le yoga.

Ce texte est le reflet d'une vérité intérieure, parmi des millions d'autres.


A corps perdu


Je ne me souviens pas bien de mon enfance, ou très peu. Quelques instants volés tout de même : un spectacle imaginé avec mon frère et des amis. Je dansais sur Julien Clerc « Lily voulait aller danser ». Notre public : mes parents et les parents de mes amis. J’avais moins de neuf ans. Je me rappelle faire payer l’entrée comme pour un vrai spectacle. Je me souviens des répétitions, de l’émotion que ça suscitait, de la fierté, de l’excitation, de la jupe que je portais… Je ne me souviens d’aucun de mes anniversaires, comme si ça n’avait pas d’importance, puisque je n'étais pas encore née. Je me rappelle de cette sensation constante d’être coupée entre ce que je pensais et ce que je voulais être. Sans cesse je me rappelais à l’ordre, sans jamais m’autoriser à exprimer la moindre émotion. Je souriais à tout ce qui m’arrivait et j'étais une enfant sans histoire.

J’aimais la vie follement, j’aimais les perspectives qu’elle me dessinait et les gens qu’elle m’offrait. Je n'étais pas malheureuse, ni heureuse, je prenais les choses comme elles venaient et m’en accommodais de façon positive. J’avais une très grande force d’auto-persuasion et d’adaptation. La vie ne pouvait pas être grave, du moment que je la remplissais et que je ne m’embarrassais pas de ses détails. J'étais juste ce que je pensais, mais cela avait une limite : j'étais perdue quand je ne savais plus quoi penser.

Adolescente, j’aimais rire, m’amuser, être entourée. J’existais à travers les autres : je sondais les regards, partageais les rires, j'aimais ce qu'ils aimaient, je les laissais choisir, approuvais leur décision, embrassais leurs opinions. Je disais ce qu’ils voulaient entendre, je montrais ce qu’ils voulaient voir, je me fondais dans le groupe, et je m'y sentais bien parce que j'étais appréciée, aimée, surtout j'étais attendue. Accueillie. C'est sans doute difficile à comprendre, mais dans un groupe, j'étais heureuse, je me sentais à ma place, malgré le fait que je n'affirmais rien de moi. Je m'en fichais, ce qui était important, c'était d'avoir des personnes à aimer et qui m'aiment en retour. Je trouvais ça joli et indestructible. Je croyais fort que pour être intégrée, il fallait ne surtout pas se différencier. C'était d'autant plus facile, qu'hypersensible, je captais sans difficulté l' énergie, les besoins, les envies. J'étais la bonne copine, la confidente et je prenais ces rôles à coeur. Ma vie se résumait à la relation à l’autre. Malhonnête avec moi-même, j'en conviens, avec l'autre aussi, puisque je ne me montrais pas "pour de vrai", tout cela était inconscient, et j'étais sincère, j'aimais profondément les gens qui m'entouraient, je n'avais pas besoin de beaucoup de personnes.

Vous l'avez compris, j'étais toujours à l’extérieur de moi, à l’affût d’un regard ou d’une approbation, sensible à une parole ou un geste rassurant. Derrière chaque relation, s'écrivait sans cesse un PS : pense à combler le manque, épuisant. En apparence, j'étais parfaitement heureuse et épanouie. Je ne laissais jamais rien paraître. Je voulais être aimable et trouvais indécent les gens qui exhibaient leurs états d’âme, leur colère, leur mauvaise humeur. Je n'étais jamais de mauvaise humeur en dehors de chez moi. Et j’appréciais la solitude qui découlait de la multitude. Tomber le masque pour quelques instants… Je souffrais. Je regardais mes amis avancer, quitter ce qu’on s’était petit à petit construit. Je me sentais seule, malgré tous mes efforts pour être entourée et aimée. J'étais angoissée sans que je ne comprenne pourquoi - crises de panique, peur de mal faire, peur de faire mal, et d'être exclue, - alors je devais trouver une réponse à tout ce qui se passait. Dès lors que je savais quoi penser, je contrôlais.

A corps ému

La naissance de chacun de mes enfants fut une magnifique source de joie, de fierté aussi. Devenir maman a été un bouleversement physique et émotionnel. Désarçonnée, fatiguée, je pleurais beaucoup et je palpitais. Les certitudes s’en allaient… Je le sentais. Exclamations, interrogations, pas de points, encore moins de virgules. Je voulais ce que je pensais bon pour eux.


J’essayais de leur transmettre ce que je pouvais, mais petit à petit, je transmettais de moins en moins si ce n’est de plus en plus de colère, de frustration, de fatigue. Toute mon énergie était dirigée vers eux, vers ma famille. Pendant ce temps, l’angoisse au fond continuait de monter. Ça se dérobait sous mes pieds. En phase d’endormissement, je me réveillais brusquement pensant que j'allais mourir. J'avais de plus en plus de palpitations, d’extrasystoles, j'étais persuadée que j’allais faire une crise cardiaque, que d'un moment à l'autre, j'allais craquer, exploser en plein vol. Boum. Un cardiologue me rassura en m'informant que les extrasystoles n'étaient pas graves et qu’on vivait tous avec, mais je repartais de plus belle dans mon obsession. Je n'avais plus aucun discernement. Je fonçais dans le mur. Je m'accrochais aux autres, mes enfants, mon mari, mes collègues, mes amis, sans qu'ils ne sachent rien de ce qui se passait à l'intérieur. Il m'était impossible de parler de quelque chose qui me dépassait et dont je ne comprenais rien. Ma tête s’entêtait, mon corps trop ému a lâché : j'ai fait une crise d'angoisse au travail avec un serrement tellement fort à la poitrine que je pensais vivre la crise cardiaque que je redoutais. Un anxiolytique plus tard, j'étais chez moi : arrêt de travail + psy + yoga sur les conseils de mon médecin. Chez le psy, toutes les semaines, je parlais de moi : ce que je pensais, ce que je vivais, ce qui m’empêchais d’avancer, ce que j’aimerais. J'avais un espace pour parler de moi... waouh... une première.... Jamais je ne m'étais autorisée cela derrière ma carapace. Je mettais des mots sur le besoin de contrôle qui m’obsédait, le vide qui m'effrayait. Après chaque séance, je me sentais légère et soulagée. En parallèle, j'ai débuté des cours de yoga dans ma commune. Je ne savais pas ce que c’était sinon de la détente. Je me souviendrai toujours de ce premier cours où j'eus une révélation, plus forte encore que le psy : j’ai un corps et il me parle.

A corps ressenti


Mon corps me parlait déjà, il s’était mis à hurler même, mais je ne l’écoutais pas, Je m'en étais tellement éloignée. Mais j'ai repris contact. J’apprenais mes tensions, ma respiration ; je découvrais des sensations. Pas la sensation de défoulement comme après un footing ou une séance de gym, pas la sensation de chaleur ou de fraîcheur, pas la sensation d’après massage. Non. Je découvrais la sensation d’avoir vécu. Comme chez mon psy, sauf que ça ne se passait pas dans ma tête. Pour la première fois, ça n’avait rien de rationnel, ça n’était soumis à aucune volonté, ne répondait à aucune question. C’était là. C’était simple.


Je suis née ce premier jour de yoga.



Le corps est le chemin le plus court.
Depuis l'écriture de cet article, "l'autre, d'abord" s'est transformé en "l'autre, aussi."
grâce au yoga, aux thérapies psycho-corporelles, à la rencontre de l'enfant intérieur, surtout.

Ce blog met en lumière la dépendance affective. Elle prend tellement de visages qu'elle est complexe et difficile à reconnaître. Elle fait peur. Je parlerai dans un prochain article de ses différentes formes.

Apprendre à vivre avec soi, se relier à sa vulnérabilité, donc son humanité, n'a pas de prix.
L'amour de soi et l'expression de sa différence et de sa sensibilité, non plus.

Ce chemin est le mien et je suis pleine de gratitude pour ce qu'il me permet de vivre aujourd'hui. Quel est le vôtre ?


Si vous souhaitez témoigner ou si vous avez des questions, vous pouvez me joindre
sur ce mail : stephanie.deperne@gmail.com

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